“Des clusters /dl, tl/ aux fricatives latérales, en
passant par les affriquées à relâchement latéral”
Pierre Hallé (CNRS-Paris3-5, Haskins)
Cathi Best (Haskins, Wesleyan Univ., Univ. Western Sidney)
Juan Segui (CNRS-Paris5)
Uli Frauenfelder (Université de Genève)
GDR Phonologie, 6/2/04
Plan
• Background : Filtre phonologique ou assimilation perceptive ;
segments simples et séquences : R-L et dorama ou ebuzo ;
“phonological context effect.”
• L’illusion dentale–vélaire “intra-langue” (français) : trois tests
de base ; qualité des stimuli ; tests de gating ; conclusions :
perceptif, précoce, prélexical ; feedback lexical ? Activation
lexicale par pseudo-mots dérivés.
• Généralité ? => étude interlangue avec stimuli hébreux,
auditeurs français et américains.
• Cohésion articulatoire ? clusters, affriquées, fricatives.
rôle du voisement, différences français/américains.
• Discussion
GDR Phonologie, 6/2/04
Background
1. Perception of nonnative speech is shaped by the native
language phonology. Many examples for single segments. A
classic one: Japanese hear AE /l/ or /r/ as their /R/ tap;
Japanese perceptually assimilate (PA) both AE /l/ and /r/ to
japanese /R/: ~Phonological filter metaphor.
2. PA phenomena are also found for sequences of phones, in
line with Polivanov’s observations (drama -> dorama). Recent:
Japanese, not French, hear an /u/ in [ebza] (Dupoux et al., 1999).
Perception restores viable sequences.
3. “Phonological context effects”: shifts in the /l/-/r/ categorical
boundary induced by preceding consonant: /s/ favors /l/; /t, d/
favor /r/, in line with phonotactic constraints: */sr/, */tl/, */dl/
(Massaro & Cohen, 1983).
GDR Phonologie, 6/2/04
Illusion dentale–vélaire “intra-langue” en français
Les sujets français ont une forte tendance à
entendre /k, g/ dans /tl, dl/ (en position initiale)
• Tests conduits dans l’étude initiale (Hallé et al., 1998)
stimuli : non-mots
dlapto, dlapot, dlopta, dlopat
tlabdo, tlabod, tlobda, tlobad
+ contreparties légales en
/dr, tr/ et /gl, kl/ (glopta)
(1) Transcription libre (18 Ss)
(2) Identification consonne initiale (choix forcé) (40 Ss)
(3) Détection de phonème (/d/, /t/, /g/ ou /k/) (52 Ss)
(4) Gating phonémique sur première syllabe (76 Ss)
GDR Phonologie, 6/2/04
Transcription libre
rŽ
ponses libres pour les
items en /tl, dl/
100
/tl/
100
60
40
40
20
0
0
velar
labial
transcription consonne initiale
GDR Phonologie, 6/2/04
g
60
20
dental
rŽ
ponses
vŽ
laires
choix : /d/, /g/, /t/, /k/
80
/dl/
% rép o n ses
% réponses
80
Identification consonne
initiale (choix forcé)
g
/dl/
cluster présenté
k
/tl/
Détection de phonème
/t/ dans /tl/ ; /t/ dans /kl/ ; /k/ dans /tl/ ; /k/ dans /kl/
(idem pour [+voiced])
100
% dŽ
tection
80
648 > 614 ms
DŽ
tections correctes ou
incorrectes
/dl, tl/ items
80
82
/gl, kl/ items
60
40
20
31
5
0
vŽ
laire
dentale
Cible
=> /k/ détecté dans /tl/ à 80% (aussi souvent que dans /kl/)
GDR Phonologie, 6/2/04
/tl/ /kl/ illusion in French (3 tasks)
% "velar" responses for /dl, tl/ stimuli
100
81
80
80
% /g l, kl /
66
60
40
20
0
open
response
forced
choice
phoneme
detection
Type of Task
aspect secondaire des données : illusion plus forte avec consonnes nonvoisées (cf. choix forcé, mais aussi détection : 83% > 76%)
Terminologie proposée:
GDR Phonologie, 6/2/04
Phonotactic Perceptual Assimilation
Dental to velar illusion
Qualité des stimuli : y a-t-il vraiment un [t] dans /tl/ ?
• Analyse acoustique : oui
Centre de gravité spectral dans le release burst :
Intended dental /dl, tl/ :
2620 Hz
intended velar /gl, kl/ :
1640 Hz (t(7)=7.6, p<.0002)
• Mais possibilité d’indices plus subtils de qualité vélaire
=> test de perception avec stimuli brefs ; procédure de
“gating phonémique” ; si la consonne initiale sonne vélaire,
on s’attend à des réponses vélaires dès les premiers gates ;
le gating permet aussi de suivre le décours temporel de la
perception.
cf. Blumstein & Stevens (1980) : brief stimuli of 10-20 ms from release
burst can be reliably identified for place (>70% success);
GDR Phonologie, 6/2/04
Gating phonémique sur les items en /dl, gl/ et sur les
contrôles appariés (/dr, tr/, /gl, kl/, /gr, kr/).
comparaison des /gl, kl/ avec les /dl, tl/
/t/
100
/k/
/t/
clusters /gl/ et /kl/
vŽ
laire
60
40
20
0
labiale
autre
dentale
1
2
3
clusters /dl/ et /tl/
80
ponses
% rŽ
80
% rŽ
ponses
100
/k/
dentale
60
40
20
vŽ
laire
autre
labiale
0
4
5
6
7
numéro de fragment
8
9
10
1
2
3
4
5
6
7
numéro de fragment
8
9
=> La consonne initiale des items en /dl, tl/ est bien jugée dentale au
début ; vers le gate 5, les jugements commencent à basculer
GDR Phonologie, 6/2/04
10
Correspondance signal - gates (exemple tlabdo)
G1
G5
G10
GDR Phonologie, 6/2/04
Conclusion provisoire : qualité vélaire vs. dentale de
l'initiale des clusters /tl, dl/; nature & locus du phénomène
• Mesures acoustiques et perception “hors contexte”
convergent : la réalité objective/perceptive de l'initiale des
/tl, dl/ est bien dentale.
• Dès que /l/ est identifié, les jugements commencent à
basculer vers vélaire.
• Ceci suggère que l’assimilation perceptive /tl/->/kl/ est un
processus contextuel.
• De plus, l’assimilation semble être automatique et opérer
avant que tout mot puisse être accédé. Elle serait donc
irrépressible et prélexicale.
GDR Phonologie, 6/2/04
Parallèles avec d'autres études
• voyelle épenthétique /u/ (sujets japonais)
- /u/ perçu dans [ebza] par Japonais, pas par Français ; difficulté à
discriminer [ebza]-[ebuza]; illusion perceptive.
- nature prélexicale de l'illusion : /u/ perçu aussi bien dans mikdo
(< mikado, 'empereur') que sokdo (< sokudo, 'vitesse')
(Dehaene-Lambertz et al., 2000; Dupoux et al., 1999; ", 2001)
• voyelle prothétique /e/ (sujets hispanophones)
- /e/ perçu dans [s] + consonne
- mais une composante prélexicale (~16%) et une lexicale
(Hallé & Segui, 2003)
GDR Phonologie, 6/2/04
Perception de /e/ prothétique dans onset [s]+C
(sujets monolingues hispanophones)
Pseudo-mots comme *special dérivé de especial :
- 63% retranscrits “fidèlement” ('s' + consonne)
- 34% retranscrits avec voyelle 'e' prothétique
Pseudo-mots comme *scuro dérivé de oscuro :
- 59% retranscrits fidèlement ('s' + consonne)
- 21% retranscrits avec voyelle 'e' prothétique (non-lexical)
- 13% avec le mot de base (e.g., “oscuro” pour scuro)
Pseudo-mots comme *squifo non dérivé d'un mot de base :
- 84% retranscrits fidèlement ('s' + consonne)
- 16% retranscrits avec voyelle 'e' prothétique
GDR Phonologie, 6/2/04
The lexical feedback issue
• The data so far suggest automatic, on-line, prelexical
perceptual processes for the dental-to-velar illusion.
• Yet, could it be explained by lexical access mechanisms?
Lexical feedback scenario (1):
(a) tlabod (for example) transitorily activates “similar form”
words that begin with /kla/ (clapier, clabauder …)
(b) these words send feedback to the phoneme level, hence
the /kl/ percept.
Perceptual assimilation scenario (2):
[t]+[l] prelexically integrated into /kl/=> the /kl/ percept
([t]+[Â] would be integrated into /tr/ …)
GDR Phonologie, 6/2/04
Comment tester ces 2 scénarios ?
• Lexical feedback testé avec des pseudo-mots comme tlôture vs.
troisade, dérivés de mots de base par le même
changement {/k/ -> /t/}.
- scénario 1 (lexical FB) :
même déviation => les pseudo-mots en /tl/ ou /tr/ devraient être
“restaurés” de la même façon.
- scénario 2 (assimilation perceptive) :
les pseudo-mots en /tl/ devraient être restaurés plus facilement
que ceux en /tr/.
=> comparaison activation lexicale pour tlôture vs. troisade :
décision lexicale simple en auditif, priming auditif–visuel
GDR Phonologie, 6/2/04
Décision lexicale simple
Exemples
RŽ
ponses "MOT"
• non altérés :
100
en /l/ : dlobal
tlasseur
80
% rŽ
ponses
• altérés :
94
clusters en /l/
clusters en /r/
en /l/ : global
classeur
en /r/ : grammaire
crachoir
93
68
60
40
20
20
0
en /r/ : drammaire
trachoir
GDR Phonologie, 6/2/04
non altŽ
rŽ
s
altŽ
rŽ
s
Type d'item
Priming auditif-visuel
(1) croix de fixation (centre écran) : 700 ms
(2) présentation amorce auditive : ~ 600 ms
(3) affichage cible visuelle (offset acoustique de l'amorce)
(4) réponse décision lexicale sur la cible
Exemples d'essais
relation amorce-cible
amorce
cible
non relié (contrôle)
répétition
altération
fourchette
glaïeul
dlaïeul
glaïeul
glaïeul
glaïeul
non relié
répétition
altération
chaussure
groseille
droseille
groseille
groseille
groseille
GDR Phonologie, 6/2/04
Effets de facilitation par amorces reliées
(Différences contrôle - relié)
Diminution des erreurs
Diminution des RTs
150
10
137 135
9.2
*
100
**
52
50
0
% d im in u tion
R T c - R T r (m s)
112
6.7
4.6
5
3.2
0
rŽ
pŽ
tition
altŽ
ration
Condition d'amorŽ
a ge
gla•eul
GDR Phonologie, 6/2/04
groseille
rŽ
pŽ
tition
altŽ
ration
Condition d'amorŽ
a ge
gla•eul
groseille
Conclusion sur le feedback lexical
• Les pseudo-mots en /dl, tl/ activent davantage leur base que
ceux en /dr, tr/ :
Ceci est contraire au scénario (1)
(a) activation lexicale à partir de la forme d’entrée :
{tlavier => “clavier”} = {trachoir => “crachoir”}
(b) feedback vers le niveau phonémique -> /k/
Mais compatible avec le scénario (2)
(a) intégration de [t]+[l] en /kl/ (assimilation perceptive), de [t]+[Â] en
/tr/ (pas d’assimilation).
(b) forte activation lexicale de “clavier” à partir de klavje < tlavje
activation modérée de “crachoir” à partir de traSwar.
GDR Phonologie, 6/2/04
Point critiquable : Questions de compétition lexicales
• compétition plus forte pour les pseudo-mots en /dr, tr/ que pour
ceux en /dl, tl/ : droseille activerait des compétiteurs de
“groseille” des mots qui commencent par les mêmes segments
comme “dromadaire”, “drosophile”, etc.
• => autre comparaison : dlaïeul vs. dleuet (compétition
équivalente, mais déviation différente …)
scénario 1 : dlaïeul =>restauration de “glaïeul”,
dleuet => restauration de “bleuet”
(activations lexicales ~ comparables)
scénario 2 : [d]+[l] -> /gl/ (prélexicalement)
=> dlaïeul -> “glaïeul” et dleuet -> *gleuet
GDR Phonologie, 6/2/04
Décision lexicale : {glaïeul, bleuet} vs. {dlaïeul, dleuet}
100
93
93
98
91
gl-base
83
80
kl-base
73
bl-base
% "yes"
pl-base
60
38
40
43
20
0
unchanged
C1 -> /d, t/
Item Type
=> encore en faveur du scénario (2) :
assimilation perceptive prélexicale
GDR Phonologie, 6/2/04
• Généralité de l’illusion dentale–vélaire
• Davantage d’arguments pour la thèse ‘prélexicale’
The dental-to-velar shift has not been assessed cross-linguistically using
a “control” language: Is it specific to French listeners?
Is the /tl//kl/ shift phonologically motivated? Is it not due to (1) stimulus
mispronunciation or (2) lexical feedback?
Prediction P: /tl//kl/ illusion occurs in languages where (initial) /tl, dl/
are banned, not in languages where /tl, dl/ are legal.
Hebrew allows /dl, tl/ clusters (and virtually all OBLI clusters).
e.g., tlulim–klulim (‘steep’–‘included’) is a /tl/-/kl/ minimal pair.
Cross-linguistic Experiment: Hebrew /tl/-/kl/ contrasts presented to
French and American vs. Hebrew listeners.
Control baseline: /tr/-/kr/ (presumably ‘easy’ for all Ss)
GDR Phonologie, 6/2/04
If P is correct, French & American listeners should have trouble to
discriminate Hebrew /tl/-/kl/ while presumably little trouble for /tr/-/kr/;
Hebrew listeners should have little or no difficulty to discriminate /tl/-/kl/
and /tr/-/kr/ contrasts …
Experimental Design: speeded AXB discrimination task (natural
tokens) and forced choice categorisation task (Fr & Am).
Stimuli. monosyllables (from a native speaker of Hebrew):
{/d, t/ vs. /g, k/} + /l, r/ + /a, i, u/ (24 types x 4 tokens)
Examples: /tla/
/tli/
/tlu/
AXB discrimination: triplets such as /tla, tla, kla/, /tri, kri, kri/ …
=> %correct discrimination & RTs measured from B (256 trials)
Categorisation of the initial consonant; forced choice among 10 French
“keywords” for /p, t, k, b, d, g, s, z, r, l/, and “typicality” rating on a 1-5
scale (120 trials)
GDR Phonologie, 6/2/04
AXB discrimination performances: % correct
99 98
100
98 97
95
96
97
95
% c o rre c t
90
77
80
70
66
64
61
60
50
dr-gr
tr-kr
dl-gl
tl-kl
Cluster Contrast
Israeli (n=11)
French (n=12)
American (n=14)
French Ss: /tl/-/kl/ and (less so) /dl/-/gl/ are difficult.
American Ss: worse than French, /tl/-/kl/ ≈ /dl/-/gl/
Hebrew Ss: slight difficulty with /tl/-/kl/
GDR Phonologie, 6/2/04
AXB discrimination performances: RT (measured from B)
Fr vs. Am Subjects
1700
Israeli Subjects
-500
1571
French
-595
-600
American
1300
1194
1139
1100
1158
900
617
700
R T (m s , fro m B )
R T (m s , fro m B )
1500
-700
-800
-799
-852
-909
-900
585
500
567
563
dr-gr
-1000
tr-kr
dl-gl
Contrast
tl-kl
dr-gr
tr-kr
dl-gl
tl-kl
Contrast
• slight difficulty for Israeli subjects with /tl/-/kl/ confirmed
• Difficult discrimination <–> long RTs. Good correlation between RT
data and %correct data ; Am: /tl/-/kl/ ≈ /dl/-/gl/.
GDR Phonologie, 6/2/04
% correct discrimination x RT correlation
(Israeli subjects)
-500
2
R = 0.619
-600
R T (m s )
r(10) = -0.79, p < .005
-700
-800
-900
-1000
92
94
96
98
% correct discrimination
French participants: r(10) = -0.96, p < .0001
American participants: r(10) = -0.98, p < .0001
GDR Phonologie, 6/2/04
100
Categorisation: Initial consonant (French subjects)
100
dental
% id e n tific a tio n
80
81
velar
71
labial
60
40
29
13
20
6
0
/dl/- items
/tl/- items
Initial Cluster
- Strong asymmetry: /tl//kl/ >> /dl//gl/
GDR Phonologie, 6/2/04
Categorisation (American subjects)
100
dental
velar
80
% id e n tific a tio n
86
labial
58
60
39
40
14
20
0
/dl/- items
/tl/- items
Initial Cluster
- asymmetry /tl//kl/ >> /dl//gl/ ~ as for French Ss
- Are categorisation data consistent with the discrimination data?
GDR Phonologie, 6/2/04
Discrimination x Categorisation Correlation (French Ss)
r(22) = -0.79, p < .0001
100
/tl/
/dl/
%discri
64
77
%¬velar
19
71
% v e la r re s p o n se s
2
R = 0.63
/tl/
80
60
40
/dl/
20
0
50
60
70
80
90
100
% correct discrimination
• % not-velar is a good predictor of % correct discrimination.
• Stronger /dl/ vs. /tl/ asymmetry in categorization test. /dl/-/gl/
discrimination is poorer than categorisation of /dl/ would predict
GDR Phonologie, 6/2/04
Discrimination x Categorisation Correlation (American Ss)
r(26) = -0.62, p < .0005
100
% v e la r re s p o n se s
/tl/
/dl/
%discri
61
66
%¬velar
14
58
2
/tl/
R = 0.379
80
60
/dl/
40
20
0
50
60
70
80
90
100
% correct discrimination
• % not-velar good predictor of % correct discrimination (Americans)
• Less /dl/ vs. /tl/ asymmetry than for French
GDR Phonologie, 6/2/04
Conclusion intermédiaire
• Données à l'appui de la prédiction P: l'illusion dentale-vélaire
“opère” pour les /dl, tl/ de l'hébreu (-> prélexicale)
Elle est plus forte pour /tl/ que pour /dl/:
- asymétrie plus marquée pour les sujets français
- plus évidente dans les données de catégorisation
Donc, il y a des facteurs qui modulent l'acceptabilité d'un cluster
“beyond the phonotactic ban” (cf. Moreton, 2002)
• Les Israéliens ont une légère difficulté à discriminer le contraste
/tl/-/kl/ de l'hébreu (surprise).
=> /tl/ moins acceptable (e.g., que /dl/) universellement ?
• Point méthodologique: validation de la procédure AXB avec RT “libre”
: bonne corrélation entre % correct et RTs
GDR Phonologie, 6/2/04
acceptabilité : séquences CC' avec C et C' de même place d'articulation
tendent à être évitées, d'autant plus que C et C' sont proches en degré
de sonorité (Selkirk, 1988; Padgett, 1991).
exemple: /bw/ plus acceptable que /dl/ (Moreton, 2002) car plus grande ≠
de sonorité entre [b] et [w] qu'entre [d] et [l] ([b] ≈ [d] mais [l] < [r, w],
Guenter, 2000; Kahn, 1980). Ce raisonnement ne marche pas pour /tl/
moins acceptable que /dl/ …
difficulté universelle de /tl/ ? Dialectes Miao-Yao : certains ont /tl/,
d'autres /ql/, pas les deux ; la plupart de ces clusters pourraient remonter
à des clusters vélaire-uvulaire en proto-Miao ; d'autres à des emprunts
au chinois ; en Shi Men, les uvulaires ont redonné des dentales : /ql/ >
/tl/. Des faits qui mettent en doute l'idée d'une difficulté universelle de /tl/.
GDR Phonologie, 6/2/04
Retour sur l'interprétation de /tl/ -> /kl/
Les segments [t] et [l] ne posent pas problème mais leur combinaison
(en onset) donne lieu à une illusion perceptive /kl/.
Notre première interprétation est que les règles phonotactiques
contraignent la perception à un niveau prélexical.
Une interprétation différente est que les onsets sont perçus comme des
"tout" intégrés, de la même façon que le segments simples et
catégorisés selon le répertoire des onsets de la langue.
Ainsi, le meilleur match pour [tl] en onset est /kl/, d'où l'illusion.
La perception des onsets [tl] comme des unités insécables, et donc
l'illusion d'entendre /kl/, doit être d'autant plus forte que les gestes sousjacents sont bien verrouillés temporellement
(re: 'time-locked' coordinative structures).
D'où l'idée de comparer différents degrés de verrouillage …
GDR Phonologie, 6/2/04
Des clusters aux fricatives …
Pour des raisons distributionnelles, on considére que l'hébreu a les
clusters /dl, tl/, qu'en Tlingit, /dl/ et /tl/ sont des affriquées à relâchement
latéral (IPA [dl] = American usage []).
Les affriquées sont, logiquement, plus 'verrouillées' que les clusters :
par exemple, variabilité de la coordination stop/latérale en hébreu, avec
ou sans schwa épenthétique (de 20 à 60 ms selon Téné, 1972).
Le cas extrême de verrouillage serait celui des fricatives latérales, avec
un seul geste de constriction. Par exemple, les fricatives latérales
alvéolaires du Zulu /L/ et /Ò/, notées 'dl' ou 'dhl' et 'hl'.
=> Tests de transcription libre de tous ces DL et TL (ou HL).
En même temps, tests de perception du voisement : l'asymétrie /dl/ vs.
/tl/ est-elle due à la différence de voisement perçu ?
GDR Phonologie, 6/2/04
Identification des 'fricatives' /L/ et /Ò/ du Tlingit
Zulu /L/ (DL)
60
American
French
42.8
41.7
37.1
40
35.4
20
10.0
5.8
7.7
4.2
2.1
40
21.8
17.1
20
16.8
12.9
11.7
7.7
exemples : s, sh, bzh, psh …
(am. : 7.7% de 'zl')
GDR Phonologie, 6/2/04
he
ot
.
ic
Fr
p+
to
S
ic
.
Fr
ic
.
Fr
am
pa
b.
l.
r.
Fr
ic
.
co
he
ot
.
ic
Fr
p+
S
to
ic
.
Fr
ic
.
Fr
am
pa
b.
l.
r.
co
ic
.
Response Category
r
0
r
0
Fr
50.0
47.0
% re s p o n s e s
% re s p o n s e s
60
Zulu /Ò/ (HL)
Response Category
Américains vs. Français
• davantage de fricatives pures
• davantage de coronales
Identification des clusters /dl/ et /tl/ de l'hébreu
Hebrew /dl/
Hebrew /tl/
100
98.3
92.3
100
American
71.2
French
80
% re s p o n s e s
% re s p o n s e s
80
60
48.3
35.0
40
20
12.1
9.5
7.4
60
40
20
4.9
0
2.1
1.7
0
dl/tl
gl/kl
bl/pl
Response Category
other
dl/tl
gl/kl
bl/pl
other
Response Category
=> Confirmé : asymétrie /dl/-/tl/; davantage de perception vélaire pour les
anglophones que les francophones pour /dl/ (moindre asymétrie entre /dl/ et
/tl/ pour am que fr)
GDR Phonologie, 6/2/04
Identification des 'affriquées' /dl/ et /tl/ du Tlingit
Tlingit /dl/
Tlingit /tl/
100
100
87.4
82.1
French
60
40
20
12.9
5.6
1.1
0.8
75.4
80
% re s p o n s e s
% re s p o n s e s
80
American
60
53.3
45.8
40
17.9
20
3.5 1.3
0
2.8
0
dl/tl
gl/kl
g/k
other
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=> nombre substantiel de nonperception d'un élément latéral,
surtout pour sujets français.
GDR Phonologie, 6/2/04
dl/tl
gl/kl
g/k
other
Response Category
Réponses
vélaires
Am
Fr
/dl/
93.0
95.0
/tl/
93.3
99.1
Sommaire sur les transcriptions des DL et TL ou HL
1. Pas d'illusion dentale-vélaire pour les fricatives latérales, interprétées
comme des fricatives /s, z/ ou /S, Z/, précédées ou non d'une occlusive
(labiale ou vélaire, le plus souvent labiale).
2. Forte illusion dentale-vélaire pour les affriquées du Tlingit
Réponses vélaires pour les /dl, tl/ de l'hébreu et du Tlingit
Heb.
Am
Fr
Tlin.
Am
Fr
/dl/
71.2
35.0
/dl/
93.0
95.0
/tl/
92.3
98.3
/tl/
93.3
99.1
De plus, davantage de réponses 'occlusive simple' pour le Tlingit :
~9% et 32% (/dl/ et /tl/) vs. <1% pour l'hébreu.
(Semble corrélé avec l'illusion dentale-vélaire.)
GDR Phonologie, 6/2/04
Voicing discrimination: American & French subjects
Good, except for Tlingit /dl/-/tl/ by French subjects
GDR Phonologie, 6/2/04
Voicing categorization: American (a) & French (b) subjects
(a)
% re s p o n s e s
100
80
good for all
clusters
60
40
20
0
% re s p o n s e s
(b)
100
Heb DL
Heb TL
Tli DL
Tli TL
Zul DL
Zul HL
good except for
Tlingit /dl/
80
60
40
20
0
Heb DL
Heb TL
Tlin DL
Tlin TL
Zulu DL
Nonnative Onset
voiced
GDR Phonologie, 6/2/04
voiceless
not sure
Zulu HL
Eléments de discussion
1. Les données vont plutôt dans le sens de l'hypothèse de cohésion
articulatoire : une plus grande cohésion semble induire une plus forte
illusion dentale-vélaire.
2. Pour les sujets français et amérivains, l'illusion est toujours forte pour
/tl/ (hébreu ou Tlingit: >90%); Pour /dl/ elle reste forte avec le Tlingit
(>90%) mais baisse très sensiblement avec l'hébreu (français: 35%;
américains: 71%). La force de l'illusion dentale-vélaire n'est donc
pas liée à la perception du voisement de l'initiale (le /dl/ du Tlingit est
‘non-voisé’ pour les Français), mais plutôt aux propriétés
physiques de l'onset.
3. C'est sans doute la présence d'un prévoisement (hébreu) qui affaiblit
l'illusion. Il affaiblit l'illusion davantage pour les Français que les
Américains (/dl/ hébreu : 35% < 71%). Exploitation d'indices dans le
prévoisement ?
4. Reste l'essentiel : la perception des segments d'une langue nonnative n'est pas “fidèle” …
GDR Phonologie, 6/2/04
GDR Phonologie, 6/2/04
/dla/
GDR Phonologie, 6/2/04
/gla/
GDR Phonologie, 6/2/04
/tla/
GDR Phonologie, 6/2/04
/kla/
GDR Phonologie, 6/2/04
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6-02-04